La Sprezzatura

La sprezzatura est selon moi un art à part entière, complexe. C’est comme un mode de vie que l’on doit toujours rechercher, et celui-ci nait en Italie, aux alentours du XVIème siècle, précisément en 1528. C’est Baldassare Castiglione qui le théorise dans son livre du courtisan. C’est, selon lui, la sprezzatura qui marque la différence des élégants de son époque. La sprezzatura signifie « la nonchalance ». En définitive, autrui ne doit pas voir les efforts passés derrière une tenue élégante, il ne faut que notre apparence trahisse une réflexion longue et complexe, cela doit paraître naturel.
Selon Baldassare Castiglione c’est « le vrai art qui ne semble être art ».

Il s’agit de la tentative réfléchie d’apparaître naturel.

Jean Dujardin, classe et nonchalant, naturel.

Le souci, c’est que cette nonchalance ne doit pas être confondue avec une négligence outrée, ne vous y trompez pas. Il faut évidemment connaître les codes vestimentaires élémentaires, avec une certaine culture sartoriale, néanmoins pas besoin d’être Hedi Slimane ou Karl Lagerfeld, simplement savoir comment porter un costume, quelques bases élémentaires dans le choix de ses vêtements. Cette nonchalance devrait ensuite découler plus ou moins naturellement. Je pense, à titre personnel, que le simple fait de ne pas vouloir arborer une tenue ultra-sophistiquée digne d’un défilé de mode quasi-futuriste sera déjà un bon point dans la recherche de la sprezzatura.
Nos amis italiens -étrange?- sont les maîtres de cet art. En effet, la manière qu’ils ont d’arborer leur cravate, de porter le manteau -à l’italienne-, de porter leur costume, tout cela dénote un naturel hors du commun.

Un exemple de la sprezzatura : le duc de Windsor, qui donne son nom à un nœud de cravate magnifique.

Duc de Windsor et la duchesse

Parlons d’ailleurs de cravate, voyez vous le petit pan, qui parfois se décale et devient visible, ne le rentrez pas dans la boucle, afin de ne pas ressembler au fameux banquier qui à sa cravate ultra rigide, laissez apparaître ce petit pan, cela donne un peu de nonchalance.
Une chemise mal repassée n’est pas un sacrilège, on ne blasphème pas le dieu sartorial, au contraire, c’est une erreur calculée (ce que disait volontier Beau Brumell).
Encore, dans le meilleur des mondes, le bout de notre cravate devrait effleurer notre ceinture, si ce n’est pas ainsi que cela se passe chez vous, tout comme parfois chez moi, laissez dépasser le petit pan, c’est préférable. La sprezzatura, souvenez vous, une faiblesse dans une tenue quasi parfaite, un peu de nonchalance provoquée, c’est la clé.

On peut aussi rentrer sa cravate dans sa chemise : à assumer cependant !

La Sprezzatura, c’est être en quête de la perfection, tout en cultivant l’art de donner l’impression qu’on ne se prépare jamais.
C’est l’illusion la plus simple, telle que la décrivait le maître de l’élégance, le Beau Brummell dans une mise en garde apocryphe sous la forme d’un quatrain plein d’autodérision :

Mon foulard, bien sûr, requiert toute mon attention,
Car c’est à cela que nous, les représentants de l’élégance, nous reconnaissons,
Et cela me coûte, chaque matin, quelques heures d’efforts,
Pour qu’il ait l’air d’avoir été noué à la va-vite.

C’est une élégante désinvolture, voire même une imposture, définitivement. Avoir l’air de s’être levé, peu avant de partir, avoir pris ses vêtements au hasard (ce qui arrive nous le savons), alors que nous avons minutieusement choisi telle chemise avec tel pantalon, pris ce foulard pour qu’il fasse ressortir ce cardigan, et les chaussures qui marquent le cuir de la ceinture. En effet, c’est ainsi que nous devons agir, afin de tenter, d’expérimenter, et que l’on pense de nous : il est d’un naturel incroyable, avec une tenue extraordinairement ; tu penses qu’il met combien de temps à s’habiller ? Et oui, j’aimerai surprendre ce genre de conversation plus souvent…

Cet art est, je crois, un atout charme, auprès de la gente féminine qui passe un temps immense à se préparer (30 minutes, 1 heure …) tandis que techniquement, nous ne devrions pas mettre plus de 15 minutes. Cependant, c’est la théorie, car parfois le choix de nos vêtements prend du temps, mais nous ne devons absolument pas le montrer, nos petits défauts dus à la précipitation qui relève en sous-entendant le potentiel de notre tenue, de l’élégance que nous avons tenté c’est ça, la sprezzatura.

Pourquoi cela fonctionne-t-il chez Chuck Bass, Harvey Specter, et non pas chez François Hollande ?

Cuck Bass

Ici, la cravate n’est pas parfaitement droite, le noeud est petit et fait rapidement, qui plus est il ne colle pas au bouton qui ferme le col de la chemise, cependant ce n’est pas là-dessus que l’on s’arrête, on passe outre, et au premier abord on ne l’a pas remarqué.

François Hollande

Deux photos où la cravate n’est pas droite, théoriquement, nous devrions y voir de la nonchalance, mais cela ne fonctionne pas chez François Hollande, et ce pour plusieurs raisons :
– en tant que Président, il ne doit pas être nonchalant
– il est probablement moins classe par essence que Chuck Bass
– on ne voit pas pourquoi il devrait être une pointure de mode
– il doit être irréprochable aux yeux de tous, pas de place pour les détails classieux
– la cravate est beaucoup trop de travers

Aussi un autre exemple avec notre Président, qui malheureusement cumule les fautes sartoriales, mais n’est pas le seul.

Nous allons débuter par Harvey Specter, monstre de l’élégance dans son genre, powersuit et noeud de cravate Windsor, quasiment irréprochable, sauf quand les manches de chemise sont trop courtes, mais chez lui, ça ne choque pas, au contraire !

Tandis que notre actuel Président n’a apparemment qu’à moitié saisie cette règle sartoriale … Aussi j’ajouterai que son noeud de cravate est peut-être trop petit vis-à-vis du poste qu’il occupe.

Mais clairement, notre ancien Président de la République, n’y avait rien compris, les manches étaient inexistantes chez lui. Bon, un peu d’élégance s’il vous plait messieurs, d’ailleurs, sa cravate n’était pas totalement droite non plus !

Ici, le noeud de cravate est suffisamment large, ce qui donne de la prestance indéniablement, cependant il manque les 1,5 cm de chemise qui doivent dépasser du costume. Soit les manches sont trop courtes, soit celles de la veste sont trop longues.

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