Manifeste d’une vie correcte

Josh Brolin

Je marchais tranquillement dans la rue par une pâle après-midi de novembre, avec un temps froid et sec, quelques flocons chutant doucement sur nos chapeaux. Un homme interpella mon attention, il était grand. Cet homme se démarquait en effet par sa taille, mais aussi par son attitude affligeante, d’une sûreté extrême. En effet il déambulait dans la rue comme si se fût son environnement principal, avec cette aisance presque insolente. Il était vêtu d’un manteau long et noir, dont le col était en fourrure épaisse d’un brun profond et de touches éparses de noir. Cette silhouette était elle aussi peu commune : en opposition aux gros bonhommes à cigare, homme d’affaire bien portant et répugnant, cette homme était très longiligne, maigre mais musclé. Ce n’était pas un de ces colosses gréco-romains, gladiateurs ou légionnaires non, c’était un homme d’une carrure qui n’imposait pas le respect, mais qui soulignait une force certaine.

En lui suivant, je remarquais que sa force physique ne dépassait pas sa force mental. Je pensais le cerner comme un faible s’imposant comme fort, mais c’était un fort qui apparaissait comme faible aux yeux de tous. Je pensais en effet probablement comme tout le monde qu’il marchait avec assurance pour exhiber sa pseudo-confiance en lui, néanmoins il en était tout autre. Son chapeau noir avec un ruban aux couleurs de la France détonnait sur sa tenue sobre. En effet, c’était comme une touche d’excentricité, trois couleurs percutantes sur fond obscur, un soleil dans la nuit.

Je suivais ce bel homme un peu partout dans Paris, lorsque l’après-midi touchait à sa fin. Ce monsieur décida d’aller dans un bistrot près de la Sorbonne. J’y entrai alors afin de tenter de mieux esquisser les traits de son caractère. Il ne laissait rien paraître sur son visage glacial, non, il gardait ses émotions pour lui. Bien qu’une femme tenta de le convaincre de lui accorder de l’importance, ce que n’importe quelle personne aurait fait avec un peu d’alcool dans les veines, cet homme ne broncha point. Il ne daigna même pas la regarder. Cette pauvre femme partit chercher victime ailleurs. Il lu le journal, d’un air triste, déprimé et inexpressif. Il paraissait las des nouvelles du jour : la bourse augmente, le pays sort de la crise, un attentat aux Etats-Unis. Effectivement, que de nouvelles banales …

Son manteau retiré, je pu admirer avec quelle élégance le costume gris Prince de Galles lui allait, sa veste saillant sa silhouette avec un léger plis en étoile au premier bouton fermé, le col tombant sur celui de la chemise deux centimètres environ en dessous, ainsi que les manches d’un blanc immaculé qui dépassait ainsi d’environ un centimètre et demi depuis la veste. Les codes vestimentaires respectés à merveille ! Sa pochette n’était pas assortit à sa cravate mais à l’ensemble, ainsi qu’un gilet comportant comme convenu une montre à gousset. Son élégance et son raffinement ne laissait aucun doute sur l’homme à qui j’avais affaire : une pointure de classe, de standing, probablement un Dom Juan moderne, une sorte de James Bond parisien, un Steve McQueen à la française !

Mais au delà des apparences, je tentais de trouver avec discernement quel était sa personnalité. Il m’apparaissait comme un hédoniste en plein taedium vitae. C’était une sorte d’erreur de la nature, un homme plongé dans un ordre culturel qui n’était pas le sien. Probablement avait-il un inconscient social différent de la masse identique dans laquelle il était plongé, ou encore ne savait-il pas que désormais la mode était d’être un mouton, et de suivre ce troupeau de consommateur avide dont je faisais parti. Il n’avait peut être pas eu cette prise de conscience l’amenant à l’instinct primitif qui était de survivre en se fondant dans la doxa, s’appropriant des moeurs amorales et des morales vicieuses, pernicieuses et dangereuses pour la santé publique de ceux qui ne sont encore corrompu. L’irréversibilité du temps détruit par le fait même qu’elle ne saurait réparer les torts précédemment commis dans l’esprit et le comportement des gens vulgaires.

Cet homme là vivait dans une autarcie médiatisée par son détachement spirituel de son corps, et pour ainsi, son autarcie psychologique et philosophique lui permettait, tout en étant parmi le peuple amorçant la chute de l’idéal dont je rêve autant que cet homme, d’être quelque part ailleurs et de vivre pleinement sa vie intéressante et désintéressé, de faire palpiter son coeur avec un amour proche de lui, lui ressemblant mais le complétant probablement, le calmant et l’améliorant.

Cet homme avait tout compris : c’était un dandy d’aujourd’hui.

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