[FICTION] Le désenchantement du monde vu par Ethan

Ethan, 19 ans, je prends le film de sa vie en marche, il est moniteur dans une colonie de vacances.

Au début tout se passe bien. C’est une colonie de fils de militaires. Ethan est le seul moniteur civil. Tous les autres sont des appelés qui font ça pour chercher à quitter la caserne. Le directeur, les autres moniteurs, les enfants eux-mêmes apprécient sa douceur et sa gentillesse. Le fait qu’Ethan joue de la guitare contribue à son accueil chaleureux. Mais bientôt apparait un problème.

La dizaine d’enfants de 11 ans, qu’il est chargé de surveiller, ont recréé entre eux une hiérarchie correspondant aux grades de leurs parents. Le fils du colonel est le chef, au dessous de lui, le fils du sergent, puis le fils du caporal, etc.., jusqu’au fils du gendarme qui est le souffre-douleur. Le fait que ce dernier soit roux n’arrange rien. Lorsqu’Ethan assiste à une scène de cruauté gratuite, il n’hésite pas à punir le bourreau, en l’occurrence le fils du colonel, en l’isolant dans une pièce. Puis il console la victime, le fils du gendarme.

Cependant le résultat n’est pas celui qu’il escomptait. Le fils du colonel passe pour un héros capable de défier le moniteur, un adulte qui plus est. Quant au fils du gendarme, il passe pour un fayot. Le reste du groupe, du coup, soutien le rejeton du colonel et ne cesse de brimer l’enfant du gendarme.

Finalement, tous les enfants de son groupe obligent le malheureux à aller couper les cordes de la guitare d’Ethan pour prouver qu’il n’est pas fayot. Ce qu’il fait. Dès lors Ethan punit tout le groupe, y comprit le fils du gendarme. Mine de rien, l’unanimité s’est faite contre lui. Le fils du gendarme devient dès lors un serviteur zélé de celui du colonel qui organise une grande nuit d’attaque contre le moniteur. Un collègue est obligé d’intervenir pour protéger Ethan. En bon militaire il n’hésite pas à frapper très fort les enfants pour obtenir l’ordre. Tout en cognant avec ses chaussures à lourdes semelles il lance à Ethan :

-Si tu avais frappé ces gosses dès le début on n’en serait pas là, un peu de violence évite d’avoir recours à beaucoup de violence.

Le lendemain est le dernier jour de la colonie. Avant de partir, Ethan déclare au directeur :

-Je sais que j’ai échoué. Mais je ne vois pas bien ce qu’il fallait faire ? Les frapper comme l’a conseillé mon collègue ? Le directeur fixe le jeune homme et répond :

-Oui, bien sûr. Les enfants respectent l’autorité, surtout quand elle est assortie de force, voire de brutalité. Mais il y avait une autre stratégie, moins violente et gagnante. Il fallait vous lier d’amitié avec le fils du colonel et punir le fils du gendarme. Ethan montre de l’incompréhension.

– A travers le fils du colonel, explique le directeur, vous auriez pu faire passer tous vos commandements et vous faire obéir. Il aurait été fier de bénéficier de la confiance de l’adulte. Il aurait été le relais parfait de vos directives. Cela rentrait dans sa logique. Quant à l’autre rouquin, il est tellement habitué à être maltraité qu’il aurait accepté avec résignation vos brimades. Tous les enfants vous auraient alors considérés comme un bon moniteur et l’ordre aurait régné.

-Vous voulez dire que la stratégie gagnante consiste à récompenser les bourreaux et châtier les victimes ?

-Certes, dit le directeur, cela peut paraître immoral au début, mais c’est finalement comme cela que nos dirigeants ont toujours procédé, et cela ne leur a pas mal réussi. Les « méchants » sont souvent les plus forts, il faut rester avec le plus fort. Donc il faut être ami avec eux. Les victimes sont plus faibles… Aucun intérêt. Elles ne peuvent ni vous faire du mal ni vous faire du bien. Elles se plaignent. Elles ne sont pas sympathiques. Alors le soutien aux méchants est la seule voie efficace, même si elle n’est pas morale. Après il faut présenter cela de manière acceptable. C’est un problème de communication …

Que pouvait-il faire ?

Dans les films on prétend toujours défendre le faible et l’opprimé, mais en réalité cela apparaît comme impossible. Derrière ce manichéisme se cache un profond trait de caractère humainement irréversible qu’est la loi du plus fort. Edicté par Darwin, la sélection naturelle ne fait que se répéter siècles après siècles. Les sociétés modernes ont beau posséder une législation juridique, un pouvoir judiciaire chargée de défendre les citoyens ou des institutions capable d’incarner les plus faibles, cette sélection naturelle est toujours là et se métamorphose sous différentes formes selon l’évolution de la nature humaine. Les hautes sphères de la finance gouvernées par un néocapitalisme sanguinaire n’en sont pas moins la représentation de la survie du plus apte, de l’élitisme social, de la domination et l’élimination des plus faibles. Ces derniers personnifiés par la couche populaire de nos sociétés. Ainsi le nouveau combat de notre civilisation serait-il la finance contre l’humanité ?

Ethan.

 

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Une réponse à “[FICTION] Le désenchantement du monde vu par Ethan

  1. Certes. Mais il existe également une autre capacité humaine, antérieure à celle de la loi du plus fort, une capacité dont Darwin ne pouvait avoir connaissance et pour cause puisqu’elle n’est étudiée scientifiquement et vulgarisée que depuis peu de temps: c’est l’empathie naturelle. L’empathie est cette capacité inhérente à l’être humain de se mettre à la place d’un autre humain, d’essayer de le comprendre ou de l’aider; Une étude récente faite sur des chimpanzés (saw on BBC Wordl News today) montre que cette capacité existe également chez ces primates (partager au lieu de garder pour soi seul). Ce qui tend à démontrer que:
    1- Cette faculté n’est pas seulement humaine mais naturelle, étant donné qu’elle est présente aussi chez ces mammifères sociaux, elle existe de manière antérieure à la loi du chacun pour soi et tout pour le plus fort.
    2- Le pseudo caractère naturel de la loi du plus fort sur le plus faible serait donc avant tout culturel, bien au contraire de ce qui est avancé! Pas étonnant, on sait maintenant combien Darwin ou plutôt ses théories ont été instrumentalisées pour faire passer un certain nombre de concepts… qui servent totalement ce qui est l’essence même du capitalisme en tant que système économique régissant les rapports entre les hommes: les persuader que le monde est une jungle dans lequel seul le plus fort, le plus intelligent, malin etc, tirera son épingle du jeu, en écrasant sans scrupules les fragiles puisque ce sont par essence des faibles et que la loi naturelle veut que blablabla… Toute attention à l’autre passant au contraire pour de la faiblesse bien sûr…
    Ne serait-ce donc pas parce que ce système est profondément, non seulement anti-humain, mais aussi anti-naturel, qu’il est en train de se casser la gueule, de pourrir, de dégénérer??
    Mael, j’attends en la matière ta critique, sûrement talentueuse, sur un film magistral illustrant ceci, « Margin call »…

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