Les bêtes du sud sauvage, la perle cinématographique

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Le film événement de cette année qui entame une moisson de prix, tout d’abord caméra d’or au festival de Cannes puis Grand Prix du Jury au festival de Sundance pour ne citer que les plus prestigieux.

Réalisé par Benh Zeitlin, un jeune surdoué du cinéma, avec un collectif artistique nommé Court 13 réunissant monteurs musiciens et conteurs, les bêtes du sud sauvage nous plonge dans un bayou de Louisiane (le Bathub) ambiance et décor au rendez-vous. Une fillette courageuse au caractère bien trempé, née au sein de cette terre outragée, nommée Hushpuppy interprétée magnifiquement par Quvenzhané Wallis (encore une autre surdouée du cinéma, qui n’avait auparavant jamais vu de caméra) vit en autarcie avec une communauté d’irréductibles, au delà de la digue qui les sépare du monde civilisé. Elle affronte la dure vie du bayou et va tout faire pour sauver son père Wink gravement malade, fier habitant du bayou, malgré ses accès de violences éthyliques et sa volonté de rester et continuer à vivre parmi ce désastre climatique. La bonne ambiance est de rigueur malgré les désastres naturels réguliers qui menacent tout ce petit monde.

Tourné pour seulement 1,8 millions de dollars, le film n’en reste pas moins une œuvre spectaculaire de réalisme avec ces nombreuses scènes qui se déroulent dans le bayou, mais aussi cette fabuleuse et surprenante charge d’aurochs ou la vision de la fonte des calottes glaciaires. C’est ainsi que s’exprime d’une part un côté presque documentaire et d’autre part des scènes quasi fantastiques nous plongeant dans un conte apocalyptique bercée par la douce voix de Quvenzhané Wallis.

Hushpuppy Quvenzhané Wallis) accompagnée de son père Wink (Dwight Henry)

Hushpuppy Quvenzhané Wallis) accompagnée de son père Wink (Dwight Henry)

Les bêtes du sud sauvage est l’adaptation de Juicy and delicious une pièce de Lucy Alibar, une amie de Benh Zeiltlin. « C’est au volant de ma voiture en Louisiane que j’ai trouvé le lieu idéal pour cette histoire : le dernier village au bout de la route. » Ainsi le réalisateur s’installe dans cette région étonnante des Etats Unis, il entreprend de tourner son film  sur les lieux mêmes de cette terre dévastée en employant des autochtones pour incarner les personnages de son film, le réalisme poussé jusqu’au bout. Le père de Hushpuppy, Dwight Henry, travaillait dans une boulangerie non loin de là. Pour trouver la perle qui jouerait Hushpuppy, Ben Zeitlin a fait passé plus de 4 000 auditions alors qu’elle était, selon lui, juste là sous ses yeux, une petite fille de 6 ans qui allait à l’école primaire tout comme Dwight Henry près des lieux du tournage. Et c’est une magnifique découverte, la petite Quvenzhané Wallis est une actrice née, le réalisateur a seulement besoin de lui décrire l’ambiance de la scène pour qu’elle opère à la perfection.

La magie et la poésie qui se dégage de ce film nous pousse à regretter, lorsque le générique arrive, cette relation tellement forte qu’il existe entre la petite fille du bayou et son père. Homme intransigeant qui élève sa fille à la dure pour qu’elle devienne une battante, il n’hésite pas à se faire haïr d’elle pour son bien, lui refusant tout geste affectif qui pour lui serait assimilé à de la faiblesse. Cette relation nous est peinte avec tant de beauté. L’émotion est présente. Benh Zeitlin a su animer de joie et de poésie un endroit dévasté, Louisiane terre de toutes les catastrophes climatiques. C’est un superbe hommage à l’Amérique post-Katrina.

Hushpuppy et un Auroch

Certains iront critiquer la voix off en reprochant à Benh Zeitlin d’avoir enfermé le film autour de cette fillette, en effet la camera est souvent située à hauteur de l’enfant. Ou encore en clamant la pauvreté du scénario porté seulement par ses acteurs. Mais pour ma part je ne peux être que subjugué par tant de beauté et de poésie se dégageant de ce film, seule la charge des aurochs reste assez flou, le mystère plane dans nos esprits quant à leur fonction. On peut y voir un paroxysme de la poésie ou un effet technique visant à en mettre pleins les yeux.

Mael.

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2 réponses à “Les bêtes du sud sauvage, la perle cinématographique

  1. Il est vrai qu’au début les Aurochs sont « un peu lourds », mais ils prennent toutes leurs places à la fin du film. J’ai aussi beaucoup aimé ce film, dur et fragile à la fois.

  2. Tout à fait en accord avec cette critique très complète! Un magnifique moment de cinéma malgré quelques longueurs et autre micro-défauts. Un conte pour adultes, à hauteur d’enfant, qui emporte et transporte. Loin Loin de la mièvrerie

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